LE BILLET DE METROZ
Avec la bouche pleine... -
20-04-2003
Il est des défaites mortifiantes. Et deux plutôt qu'une : les deux fessées que nos juniors de moins de 18 ans se sont vus administrer sans rémission par la Russie (3-12) et par le Canada (0-5) aux championnats du monde qui se déroulent ces jours à Yaroslaw. Inquiétants par leur ampleur, ces revers secs et sonnants inspirent à croire à un recul de la Suisse sur la scène internationale des juniors. Ils sont bien loin les rangs d'honneur acquis à la fin des années 90 lorsque nos petits jeunes tutoyaient sans rouge au front les formations majeures du gotha mondial. Cela est d'autant plus dommage que par sa pluralité ethnique, la Suisse pourrait constituer le creuset idéal pour engendrer des hockeyeurs de grande qualité. Jugez plutôt : les Suisses allemands et leur incomparable éthique de travail alliée à une discipline en fer forgé, nos Romands et leurs camarades tessinois avec leur créativité et cette passion latine qui, à l'exemple footballistique de nos voisins français et italiens, vous permet de renverser les montagnes et vous ouvre un accès royal aux glorieux sommets de la renommée sportive. En théorie et considérant l'excellence des structures logistiques et d'encadrement dont profitent nos jeunes hockeyeurs, on y presque...
Mais les techniciens et penseurs de notre hockey national ont oublié un détail capital : la très faible concurrence pour les postes de titulaires au sein des clubs et la haute sécurité de l'emploi pour les joueurs suisses ont rogné la volonté et le c?ur de nos patineurs. Sans risque pour leur job et parfois peu motivé à se présenter tous les soirs à son rendement optimal, notre hockeyeur à croix blanche, très tôt courtisé dans un marché surprotégé, n'a plus trop faim à force d'avoir la bouche pleine. Si les temps venaient à vraiment se durcir, tout cela pourrait pourtant changer. Car, pour plagier le peintre Delacroix, l'adversité à ceci de bien qu'elle rend aux hommes toutes les vertus que la prospérité leur enlève...