LE BILLET DE METROZ
Aime le puck... -
29-10-2000
"Aime le puck et il va t’aimer lui aussi…" Cette phrase, énoncée il y a quelques mois par Alpo Suhonen, entraîneur-chef des Blackhawks de Chicago (NHL) a de quoi faire sourciller d’étonnement et de curiosité les innombrables technocrates et théoriciens du tableau noir qui inondent le monde du hockey sur glace moderne. Suhonen a toujours dérangé l’univers du hockey nord-américain, non tant par ses vues métaphysiques sur le hockey mais plus par les idées novatrices dans l’approche mentale du jeu, dans la façon très particulière de considérer le joueur de hockey comme l’acteur d’un show dans lequel il doit être émotionnellement prêt à assumer tous les soirs le rôle principal.
La phrase favorite de l’ancien coach de Kloten et du ZSC, autrefois directeur artistique du théâtre de Turku : "Il y a des similitudes entre le théatre et le hockey. Au théatre, le script ne fait pas la pièce. Ce sont les acteurs qui donne une âme au spectacle. Le hockey est pareil. Le système de jeu est une base, mais en bout de ligne, les joueurs rendent le match vivant. Le directeur de théatre ou l'entraîneur doit donner une chance aux acteurs ou aux joueurs de s'exprimer à la mesure de leur talent…" Sûr que pour l’heure, Alpo Suhonen doit encore faire passer ce message sur la glace. Ses Blackhawks de Chicago, évincés des play-offs depuis 3 saisons, viennent de se faire "blanchir" 0-2 jeudi soir par le Colorado Avalanche de notre David Aebischer national et ne comptabilisent guère que 5 points en neuf rencontres. A sa décharge, on ajoutera que le meilleur metteur en scène du monde ne peut monter Hamlet à la perfection si ces acteurs n’ont pas le calibre suffisant. Idem dans le hockey sur glace, on ne peut demander à Dan Hober de gagner le championnat suisse avec La Chaux-de-Fonds ni à Alpo Suhonen de gagner la Coupe Stanley en une saison avec une équipe dont l’attaque anémique et la défense poreuse ont besoin de sang-neuf plus talentueux pour faire échec aux gros calibres de la National Hockey League.
Ce qui faisait d’ailleurs dire à mon ami Pierre Ladouceur, éditorialiste au journal "La Presse" de Montréal "qu'un mauvais acteur, si on lui accorde trop de latitude, trouvera toujours le moyen de banaliser un chef d'œuvre…"